Lettre du matin ou courrier du soir. Petit mot coquin ou missive d'espoir. J'aime recevoir ces papiers pliés qui, sous scellés, occupent l'espace d'un moment ma boîte aux lettres aux aguets. Bien plus que les factures, je les attends de pied ferme. Le facteur doit sourire quand, sans se retourner, il m'entend courir dans l'escalier. Fébrilement, j'ouvre la petite porte que jamais je ne ferme à clef depuis que mon chat l'a égarée. Chaque jour, inlassablement, le même geste guide ma main depuis des mois. Et, je la vois. Enveloppe blanche, rectangulaire ou bien carrée. Fantaisie ou « classe-sobre ». Toujours de la même plume rédigée. Quelques mots. Une écriture personnelle, tellement familière, déjà. J'imagine le chemin parcouru par ce texte encore inconnu, ces mots qui me relient à celui qui, pas plus tard qu'hier, les a mis sur papier, rien que pour moi. C'est entre mes doigts qu'ils termineront leur route, avant de se coucher, fatigués, dans le coffret de mes souvenirs. On met d'abord Mademoiselle On met ensuite Monsieur et Madame Puis Madame tout seul Ou bien Monsieur tout seul. Mais un jour on ne met plus rien. On pleure. On oublie. On meurt enfin. On recommence. Ils recommencent. Une comédie ? Plutôt un drame ? L'histoire de l'enveloppe tout simplement.
Sixtine, Joëlle, Bernie et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile
« Dis, pourquoi les arbres perdent-ils leurs feuilles en automne ? », demanda la petite fille à sa poupée. La poupée, confidente de l’enfant, fut bien embarrassée. Elle réfléchit un instant, puis se mit à raconter. Dans le monde des jouets d’où je viens, on raconte qu’un jour, l’arbre le plus puissant de la forêt tomba amoureux du soleil. A cette époque, il n’y avait pas de saison, tous les jours étaient pareils, les heures se superposaient et les secondes ne faisaient pas des minutes. On dit même que les nuits étaient si courtes que la lune n’avait jamais le temps d’être pleine. Cependant, les jours se mirent à raccourcir et les nuits commencèrent à s’allonger. La lune passa du croissant à la demi-lune et parfois dessinait un cercle parfait. Certains prétendirent que c’était pour plaire au soleil. Cette remarque ne laissa pas l’astre de feu indifférent et, très rapidement, le bruit d’un rendez-vous entre les deux intéressés courut. Pendant ce temps, sur la terre, au fond de la forêt, l’arbre le plus puissant n’arrêtait pas de pousser et de s’étoffer car il avait, en son cœur, le désir secret d’atteindre le zénith et d’épouser le soleil. C’est ainsi que quand la rumeur de l’idylle des deux astres lui parvint aux oreilles, une colère terrible s’empara de lui. Rien n’y fit : le rendez-vous des amoureux eut lieu en une magnifique éclipse, dont tous les habitants du monde imaginaire dont je te parle se souviennent encore aujourd’hui. La lune enlaça le soleil qui l’étreignit de ses beaux rayons, dans une étreinte qu’ils croyaient éternelle. Dans sa forêt, l’arbre hurlait, trépignait et gesticulait comme un forcené : la folie l’avait gagné et il criait vengeance, les bras levés au ciel et ses feuilles tombant à ses pieds, en des larmes de sang. Un dieu en eut assez de ce chaos : il stoppa l’éclipse, sévit et dicta sa loi : dorénavant, le temps serait répartit en saisons afin que chacun y trouve son compte et lui, le calme. Le soleil fut promu maître du jour, la lune maîtresse de la nuit et l’arbre, roi de la forêt. Le nouveau roi n’accepta pas cette sentence et il transmit à sa descendance une rancœur puissante et indestructible. Et c’est ainsi, vois-tu, qu’à chaque fois que les jours raccourcissent, les arbres deviennent mélancoliques et pleurent des larmes de sang aux reflets d’argent. La poupée regarda la petite fille qui restait sans réaction : elle s’était endormie…
Dire qu’il n’y a pas que les feuilles des arbres qui tombent…il y a aussi les feuilles des Impôts…
Barbara et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital
Je suis le cahier neuf et je sens le papier frais. Ma couverture cartonnée est plastifiée avec, bien centrée, une étiquette imprimée. Mon frère est vert. Moi, on m’a vêtu de rouge, quand je suis né. Mon cousin, spécialiste en calculs, est quadrillé et comme à l’écriture, je suis destiné, je suis ligné. De corpulence fine, d’autres sont bien plus fins que moi. Regardez ce cahier de dessin ! Je me suis laissé dire que notre espèce était en mutation… D’ailleurs, pas plus tard qu’hier, j’ai vu passer dans un panier une drôle de créature : ce devait être un individu rebelle car sa tranche métallique partait en spirale. Il paraît que cela vous donne davantage de liberté. Vous savez, une branche de ma famille se fait appeler Atoma. Quelle drôle d’idée ! Ce sont des instables. A la moindre contrariété, ils changent l’ordre de leurs pages. Dans quel monde vivons-nous ? Ma lignée à moi est beaucoup plus traditionnelle. Il fut un temps, pourtant, où l’un de mes aïeux un peu fantasque se fit tatouer, sur le dos, une série de chiffres en colonnes, que les enfants de l’époque devaient connaître par cœur. Heureusement, ce temps-là est révolu et à la simplicité, nous sommes revenus. Bien sûr, ils y en a qui cherchent l’originalité pour se faire remarquer : certains impriment des illustrations sur leur front. Attention, plus question de Cendrillon ou de Tilapin. Même si Tintin a encore la cote, ce sont les super-héros intergalactiques qui plafonnent dans les hits des ventes. C’est cela le nouveau millénaire… Pour ma part, je préfère le classique. N’allez pas imaginer que je me camoufle dans ce raide papier bleu ou que je me vautre dans ces chemises en plastique inconfortable. Non, je reste moi. Moi, le cahier neuf qui sens le papier frais et qui attends, désespérément, qu’une petite tête blonde malhabile couche son nom sur mon corps
Sixtine celle qui a une relation privilégiée avec ses cahiers
Métamorphose. Je lisais quelques blogs ce matin et on y retrouve à chaque fois de la magie, de la lumière et surtout des recommandations, des prières, de l’humour, des faits. Je me suis mise alors à penser à ma vie et ces trois dernières années difficiles avec ma maladie.... Même si j'ai appris à cohabiter avec elle, ce n'est pas facile tous les jours et je ne laisse rien transparaître et je souris tout le temps. Ma façon à moi de me persuader que je vais bien et que je garde la tête hors de l'eau. En lisant tous vos blogs, je me disais qu'au fond je remerciais le ciel de pouvoir lire, voir, entendre, marcher et qu'il fallait que je trouve à nouveau les forces nécessaires pour vivre une vie plus ou moins normale. Là, je dois retourner chez le médecin et on va refaire de nouvelles analyses, une prise de sang et j'ai bien envie de lui demander qu'il m'explique en long et en large cette lourde opération et puis je prendrais le temps de réfléchir. Je sais que lui n'est pas pour la faire car je suis encore jeune mais si après mon cauchemar serait terminé. Tellement de questions et si peu de réponses .... Je ne sais pas si c'est la période des vacances qui me donne cette euphorie. Tout est-il, je refais le bilan de ma vie et j'ai envie d'aller de l'avant, car, s’offrent à moi deux solutions :
Ou je me laisse abattre par cette maladie et d'ici quelques années, je serais sous terre Ou je cohabite avec elle et j'essaye de la comprendre....
Vous qu’auriez-vous choisi ?...
Moi, j'ai choisis la deuxième solution…et dans quelques temps, je verrais si je ne me suis pas trompée
Tic tac fit le réveil. Tactique fit la boussole. J'indique le temps, se vanta le réveil. J'organise l'espace, répliqua la boussole. Mes aiguilles tournent, renchérit le réveil. Et la mienne pivote, ajouta la boussole. Vous n'avez pas de trotteuse, s'offusqua le réveil. Non, précisa la boussole mais je possède une tête magnétisée. Où donc mettez-vous votre remontoir, si toutefois vous en avez un ? Vous me semblez bien aigri pour vouloir à ce point avoir le dernier mot, s'étonna la boussole. Est-ce de voir filer le temps, de tourner sans cesse en rond que vous devenez aussi agressif ? Seriez-vous jaloux de mes 4 points cardinaux alors que vos 24 heures s'égrainent de jour en jour ? Ce discours ne plut pas du tout au réveil qui de rage déclencha une sonnerie d'enfer. Le garçon se retourna brusquement, frappa violemment le réveil, se leva du mauvais pied et emporta la boussole et son sac de voyage.
Bernie et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile qui ont repris studieusement leurs cours
Découvrir un sentiment nouveau : la confiance. Une confiance gagnée à la sueur de votre front. Une confiance que vous devez qu’à vous-mêmes et à votre acharnement à montrer que vous valez aussi quelque chose en dehors de votre entourage.
On ne peut compter que sur sa propre volonté et un jour enfin on trouve un peu de lumière.
Le vent se lève. Les arbres du jardin s'agitent faisant frissonner leurs feuilles et s'envoler les oiseaux. Je suis du regard leur envol et j'aperçois le ciel que la brise, amoureuse, caresse tendrement. Le vent flirte avec les nuages en des mouvements artistiques, qu'indiscrète, j'observe de mon balcon. Qu'il est bon d'ainsi découvrir ces formes moutonneuses aux reflets familiers! J'y découvre un énorme gâteau dont la crème Chantilly s'étale des deux côtés. Trois nains de jardin viennent y tremper le doigt, sous l'œil attendri d'un vieillard à la barbe blanche qui s'approche, timide, d'une jeune fille à la robe vaporeuse. Deux petits moutons viennent à passer. Ils sautent dans d'énormes tas de neige qui s'étalent à leur tour et détalent mousseux, tandis qu'un nuage d'ouate s'élève plus haut encore. La brise fait tourbillonner les poussières de l'allée. Je baisse les yeux l'espace d'une seconde et lorsqu'ils se posent à nouveau sur la toile du ciel, seule subsiste une légère esquisse. Elle s'étire lisse puis courbe, en des reliefs précis qui me rappellent le visage d'une femme. Le contour d'une joue, le creux d'un œil, la proéminence d'un sourcil, l'ondulation de cheveux. Flou puis de plus en plus net. En asymétrie puis en symétrie. En noir et blanc puis en couleurs. Une harmonie de traits tout en finesse, un accord de tons tout en richesse. Je la vois, je la regarde, elle ne bouge pas. Un visage à nul autre pareil, mi-ange, mi-démon. Un visage aux proportions parfaites, presque réel, presque vivant. Une déesse, une mère, une sœur, une fille, une amie, une amante. Une amante amarante, avec le jour qui décline. Une amante aimante avec la nuit qui arrive. L'obscurité s'empare du visage. Il efface l'ondulation des cheveux, la proéminence du sourcil, le creux de l'œil, le contour de la joue. Net puis de plus en plus flou. En symétrie puis asymétrie. En couleurs puis en noir et blanc. En blanc. En noir.
Joëlle, Bernie et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile
Soudain, un indescriptible malaise. Il m'enveloppe et je sens son épicentre à la base de mes poumons, juste au-dessus de mon estomac. Une pression, un vide, un creux qui s'élargit petit à petit jusqu'à peser sur mes épaules, ma nuque, mon dynamisme et mes idées. Une envie de dormir, roulé en boule et qu'on me laisse tranquille. Soudain, cet indescriptible malaise que rien ne laissait prévoir. Une immense solitude, un manque, une tristesse, un découragement obscurément intense. Sans raison. Il y a toujours une raison mais ma raison la chasse d'habitude. Là, non. Elle se laisse envahir par ce sentiment étrange d'incompréhension. Pourquoi tout est-il si compliqué ? Je revois derrière moi. L'angoisse se dissipe. Je prévois devant moi et la peur me pique. Je tressaille sans un bruit et je retombe dans l'oubli de la raison qui, décidément, fait la malle face aux sentiments. J'ai tant de choses à dire... Oserai-je les partager un jour ?
Peggy la tristesse qui garde en elle au lieu d’extérioriser…
Quand j’écoute un coquillage, j’entends la mer. A moins que ça ne soit le son d’un chagrin. Un chagrin d’amour aux larmes de sang. Pleurant comme une longue romance Car il s’agit bien de la fin des vacances Pour certains et la partance Pour d’autres qui ont plus de chance
Bernie qui souhaite, selon le cas, un bon retour ou un bon départ
Combattre cette maladie et penser à des choses positives se dire que la médecine avance et qu'une solution sera trouvée. Se dire que l'on est soi-même maître de son corps quoi qu'il arrive essayer de le comprendre et pourquoi tout a changé. Se dire qu'il y aura encore de beaux jours parce qu'on le veut et aussi parce qu'un jour n'est pas l'autre et qu'il y a des jours moins sombres. S'imaginer là haut dans le ciel et se sentir heureux se croire dans les étoiles, quitter ce corps et devenir légère comme une ombre. Parce que même si tu as décidé de me pourrir la vie, tu as tort je t'obligerais à me suivre dans mes envies et dans mes folies. Et lorsque je serai tout là haut, je te balancerais par dessus bord tu t'écraseras au sol et enfin je reprendrai ma vie.
Mimi et bien d'autres avant elle nous entraînent à tour de rôle dans une folle farandole sur une initiative originale de traces. A mon tour de prendre la main à Loren. Serez-vous la ou le prochain à me saisir la main dans cette solitude ô combien partagée ? Plus de tendresse dans sa vie. Où donc la douceur s’est-elle enfouie ? Il a tant de choses à donner, à recevoir et à partager. Deux bras pour travailler, pas pour enlacer. Une bouche pour parler, pas pour embrasser. Un corps pour vivre, pas pour jouir. Une vie sans bonheur, il n’en veut plus. Il a peur. Son miroir le voit vieillir, sans personne à qui sourire. Sans personne vers qui partir. Il l’a voulue, cette solitude mais il n’y trouve pas la plénitude. L’a-t-il seulement vraiment désirée ? La vie ne la lui a-t-elle pas imposée ? L’ermite se pose ces questions et ne fait que tourner en rond...
La fleur dans mes cheveux, le soleil dans mes yeux, un parfum d'évasion, un léger frisson, les épaules dénudées, les couleurs de l'été, le bruit de l’eau dans les oreilles, une odeur de glaces, mes envies d'ailleurs, ton regard rieur, nos fougueux désirs, une invitation au plaisir...
Il fait vraiment trop chaud pour travailler...
Awrance qui pourtant va travailler alors qu’elle préfèrerait être au bord de l’eau
De jour ou de nuit, tu virevoltes et te poses sans bruit sur la fleur du jardin ou l'abat-jour du salon. Tes ailes de papier sont si fragiles que tu les déploies au premier mouvement car de les toucher du doigt réduirait en poussière les écailles qui les composent et te ferait mourir, faute de voler. Ta parure colorée anime mes parterres tandis que ta robe grise attriste mes soirées d'une danse lancinante, autour de mes lampes. Chenille, tu inspires la répulsion. Chrysalide, tu provoques la curiosité. Papillon, tu engendres l'admiration. Trois sentiments pour trois états. Nul ne te craint, nul ne te traque, on te regarde ou l'on te plaint de n'avoir une vie plus longue. Viens donc te poser sur mon épaule, chuchote à mon oreille, dis-moi que l'été prochain sera pareil à celui-ci et que nous nous retrouverons sous le soleil. Tu agites les antennes. Serait-ce en guise d'acquiescement? Tu étends les ailes. Pourquoi cette subite méfiance? Attends! Attends... mais déjà te voilà dans le jardin du voisin. Papillon du jour, méfie-toi des filets gloutons, ils auraient vite fait de t'avaler. Papillon de nuit, n'approche que prudent la lumière, elle prendrait plaisir à te brûler les ailes. Un signe de la main et tu reviens, tu frôles silencieusement mon oreille, plus léger que l'air et tu te poses sur le bord de mon assiette. Quel drôle de face-à-face, l'humain face à l'insecte! Plus un millimètre de moi ne bouge, je te découvre. Ta petite tête est inclinée et tu sembles me regarder. Tu réunis tes ailes en une fine dentelle et tu restes là, immobile, en confiance. Quelques minutes s'écoulent puis, le temps s'arrête: tu viens de me sourire. Il est de ces moments rares et privilégiés de l'existence où, face à un tout petit, on se sent vraiment minuscule. Une porte qui claque, un cri d'enfant, une tondeuse qui démarre, un tracteur qui tousse, te voilà reparti pour d'autres horizons et je me retrouve seule, face à mon repas froid. Frêle papillon, tu m'as donné des ailes, bonne route.
Bernie et les filles d’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile, pendant une barbecue
– Laisse-moi partir en pèlerinage. Je veux me purifier l’âme et le corps et découvrir dans l’ailleurs un monde sincère et pur. Je veux m’approcher du divin par la souffrance du chemin
Sa mère lui répond toujours :
– Tu es un petit bouc, le monde est trop dangereux pour toi. Reste
Notre bouc insiste tant et tant, tous les jours de chaque mois jusqu’à ce que sa mère accepte enfin et lui donne sa bénédiction :
– Demain, tu partiras à l’aube puisque tel est ton plus grand souhait.
Elle lui prépare un pot de miel qu’elle lui accroche aux cornes et lui dit :
– Va. En pensée et par amour, je t’accompagne.
Dès l’aube, il quitte sa famille. Il marche des jours et des nuits. Il est pris par une énorme tempête de sable, suivie d’un grand orage. Désemparé, il recherche un abri. Aveuglé par la tempête, il se retrouve devant un trou de lion. Il est partagé entre deux souffrances : affronter la tempête qui lui arrache les yeux et écorche la peau ou affronter le lion ? Son bon sens lui dit : « la tempête, tu la voix, tu la sens ; le lion, tu l’imagines mais tu ne le vois pas et ne le sens pas, alors rentre dans le trou et la vie décidera de ton sort ». Tout tremblant, il pénètre et s’assoit, persuadé d’être seul. Un instant après, une hyène poussée par la tempête s’abrite à son tour .Que découvrent-ils tous les deux au même moment ?
Le lion dans son terrier qui souffre et gémit de douleur. Le bouc dépasse sa peur et demande au lion :
– Mon roi, qu’avez-vous pour gémir avec tant de force ?
Le lion répond :
– Une dent me fait terriblement mal
– Une dent ? Mais c’est une carie ! Je sais les soigner. Il faut un morceau de viande d’hyène.
Le lion attrape l’hyène et lui coupe un tendon qu’il remet au bouc. Il le trempe dans le pot de miel et le lui donne. C’est si bon que le lion l’avale d’un coup.
Le bouc lui demande s’il a toujours mal, il lui répond qu’il souffre encore. Le bouc lui dit :
– Coupe un gros morceau sur l’autre tendon de l’hyène et garde-le longtemps dans la bouche avec beaucoup de ce médicament. Et lui tend une fois de plus le pot de miel.
Alors, le lion soigne sa dent tandis que l’hyène reste immobile sans ses tendons, pétrifiée. La voie est libre. Le bouc sort d’un bond du terrier et s’en va à toute vitesse, heureux de découvrir que la tempête a cessé. Il court de jour, de nuit, sans relâche, et arrive chez lui. Il a soif et faim, il est épuisé. Tout le monde vient le voir, surpris qu’il soit si vitre revenu de son fameux pèlerinage. Mais le bouc reste silencieux plusieurs jours. Un matin, il dit enfin :
– Père, mère, amis et frères, imaginez-vous qu’il y a quelques jours j’étais entre le lion et l’hyène. Me voilà aujourd’hui avec la vie sauve. Alors j’ai décidé d’abandonner le pèlerinage car je l’ai déjà fait. Le seul pèlerinage valable est celui qui ramène vers la vie et moi je suis revenu à la vie et je laverai mes péchés dans cette vie, auprès de vous. Il n’est pas nécessaire de partir loin pour être pur.
Moralité :
Qu’importe la durée du chemin, l’essentiel est de prendre la route et de trouver un sens.
Le rond de fumée s'évapore, il spirale, il s'élargit. Le rond dans l'eau tourne, il s'étrangle, il s'évanouit. Les pas du prisonnier qui tourne en rond, ronronnent. Ils se suivent et se ressemblent, à la queue leu leu, sans sens, sans mouvement, automatiquement rond, sans grandir, sans rétrécir, sans partir. Ils tournent en rond, un rond que la fumée de cigarette que l'homme fume tente en vain de suivre, tandis que les traces d'eau qu'il laisse sur le sol, ses larmes et sa sueur, n'étranglent que le bonheur qu'il aurait de marcher un jour en carré.
Joëlle et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile
(L'adulte) Adolescents, vous n'êtes rien Rien qu'un esprit des lendemains.
(L'adolescent) Je ne pense qu'au temps qui vient Qui vient et me vengera bien Mais, que vienne vienne demain Et vous verrez si de mes mains Ne peut sortir une œuvre belle, Si de mes mains rebelles Ne peut sortir un art humain Qui vous défie tous. Mais d'aucun Diront : « il est devenu grand ce n'est plus un adolescent ». Détrompez-vous, je suis resté L'enfant qui vous a méprisé L'adolescent des cœurs banni Des cœurs des grands, des cœurs d'amis.
(L'adolescent continu) Me semble-t-il, vous oubliez Que jeune vous avez été Ne vous souvient-il du vieux temps Où encore vous n'étiez qu'un enfant Et que comme tous les enfants Vous vous révoltiez tant et tant ? Ne vous souvient-il d'un beau jour Où vous fîtes aux gens mille tours ? Ne vous souvient-il de rien qui Fut bataille contre l'admit ? Vous n'avez été meilleur Que je ne le suis à cette heure Je vous méprise, gras bourgeois d'avoir fait si mauvaise voie.
(L'adulte) Adolescent, vous n'êtes encore A la société qu'un poids mort Et qui vous a permis jeune homme De faire un procès que je gomme ?
(L'adolescent) Pourquoi voulez-vous ignorer Ce que gommez la vérité Mais, si je ne suis qu'un poids mort, Je vais monter, monter et lors Que je serai haut arrivé Vous serez peut être enterré. Pourquoi vouloir nous mépriser ? Pourquoi vouloir nous ignorer ? Nous voulons découvrir un monde Où il n'est rien qui soit immonde Où il n'est rien qui s'appelle guerre La plus coupable des misères. Où il n'est rien qui s'appelle faim Où les moyens verront leur fin.
(L'adulte ébahi) C'est là donc ce que vous cherchez ? Relever le monde touché Par l'égoïsme, l'impureté Jeune homme, je crois, je vous envie Vous qui voulez l'amour, la vie.
(L'adolescent) Venez et donnez-moi la main Soyons donc forts, soyons humains
(L'adulte consentant) Vous avez raison mon ami Bien grande est votre âme, mon petit.
Bernie qui a ressorti de sa boîte à souvenir ce petit poème écrit il y a une trentaine d’années
Si je prenais la mer, m'oublierais-tu ? Si une autre s'emparait de ton amour, m'oublierais-tu ? Si la mort m'arrachait à la vie, m'oublierais-tu ? M'oublierais-tu dans la colère, la maladie ou la démence ?
Il n'existe, à mes yeux, rien de pire que l'oubli : avoir existé, ne plus exister, ne plus jamais exister. Imaginer la vie sans soi, cela ne se peut pas. Laisser une trace, le sentiment d'avoir compté pour toi, pour lui, pour elle, pour eux. Laisser de soi une image, une authentique image d'avoir vécu à côté de toi, de lui, d'elle, à côté d'eux. Imaginer la vie sans cela ne se peut pas. L'oubli est pire que la mort, c'est le rien du rien, le néant dans le néant, comme une nuit sans rêve, les cendres du défunt que s'envolent au vent, l'enfant pas encore né, le vide dans le trou, l'inextricable angoisse. J'aime pour vivre sans la peur de l'oubli. Je donne pour cultiver ma trace. J'écris pour ne pas mourir tout à fait.
Si un matin, je prends la mer, pense à moi. Si une autre s'empare un jour de ton amour, rappelle-toi. Quand la mort m'arrachera à la vie, ne m'oublie pas. Alors, j'aurai la certitude d'avoir réellement existé...
Joëlle et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile
P.S.: si vous êtes sages nous publierons, en fin d’après-midi, un nouveau jeu pour passer une bonne nuit
Une petite fille de 8 ans partait chercher, dans le désert, chaque jour, du bois pour préparer le feu. Sa mère lui faisait, chaque fois ses recommandations : « n’oublie pas de regarder le ciel, rentre avant qu’il ne soit trop tard ». Un tas de bois dans les bras, elle se fit surprendre par une tempête de sable qui effaça ses traces de pas. Elle marcha longtemps dans tous les sens, mais elle se perdait toujours un peu plus. Soudain, elle se souvint de la voix de son grand-père : « Quand on est perdu, il ne faut pas bouger pour garder sa force et rallonger son espérance de vie »
Elle s’assit dans le sable et attendit que la tempête passe… Après un long moment, elle découvrit une dune, monta dessus et scruta l’horizon. Ne voyant rien, elle cria pour que l’écho porte sa voix jusqu’au campement. Mais, sa gorge trop sèche, elle ne parvint pas à crier. Quand on pense à Dieu, on regarde le ciel. Quand on pense à sa famille, on regarde la terre. Au pied de la dune, elle vit une petite oasis avec un seul palmier dattier. Elle descendit de la dune, pour aller boire un peu d’eau. Au pied du palmier elle leva la tête et vit un singe qui mangeait des dattes. Comment faire pour que le singe lui donne des dattes ? Elle lui lança un petit caillou qu’elle avait trouvé. Le singe, lui répliquait en lui lançant des dattes. Et le petit jeu continua…Elle mangea, remplit sont tablier de dattes, et se dit : « Pour être heureuse, il ne suffit pas d’avoir à boire, à manger et de rencontrer un singe, il me faut aussi ma famille » Elle remonta sur la dune et se mit à crier, à crier très fort. Un berger l’entendit et vint à sa rencontre et la ramena au campement. Elle offrit des dattes à ses frères et sœurs sans dire d’où elles venaient. Elle gardait au fond d’elle un secret pour toute sa vie et protéger ainsi son ami le singe. Si elle livrait son secret, l’eau serait bue, les dattes seraient mangées et le singe mourrait de faim. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais le revoir, car si elle revenait sur la dune, sa famille voudrait la suivre et ainsi elle livrerait son secret.
Moralité : Une vie dépend souvent d’un secret. L’amitié véritable se passe de mots. Il suffit d’une promesse que l’on tient tout une vie pour ne pas perdre le lien du cœur.